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YOHANN HAUTBOIS pour L'Equipe

 

Ligue1

Longtemps martyrisé par les blessures, l’attaquant passé par Auxerre et Arsenal enchaîne enfin les matches avec Toulouse. Où il montre qu’il n’a rien perdu du talent qui en fit l’un des grands espoirs du football français.

 

Accueillir, avec bienveillance, le refus d’un joueur de parler est assez rare, mais dans le cas de Yaya Sanogo, qui veut « rester discret », il fut accepté sans trop ciller, avec un certain soulagement, même. Non pas parce que l’attaquant toulousain n’a rien à dire – il est au contraire loué pour la pertinence de ses analyses –, mais la responsabilité de lui porter la guigne était trop grande et le garçon de vingt-cinq ans a suffisamment souffert dans sa chair pour ne pas rechuter, encore, dans la foulée d’une interview potentiellement poissarde. Car, derrière cette légitime superstition, les chiffres s’avancent, implacables : depuis ses débuts en L 1 avec Auxerre, en 2010, Yaya Sanogo a déjà cumulé 1 019 jours d’absence, manqué potentiellement 168 matches, selon le site Transfermarkt, passant du statut de grand espoir du football français à celui de successeur d’Abou Diaby ou de Yoann Gourcuff.

Même ses éducateurs à Auxerre, où il arriva à treize ans en provenance de la région parisienne, ont fini par effacer de leur mémoire son talent émergent. Bernard David, directeur du centre de formation icaunais, le premier : « Tout paraissait facile avec lui, il se passait toujours quelque chose sur le terrain. Mais, c’est terrible, ce que je retiens surtout, ce sont ses blessures. J’ai encore en tête les images de sa fracture de la mâchoire à treize ans, de sa fracture de la jambe avec la réserve à Mulhouse. »

Paul-Georges Ntep, aujourd’hui à Saint-Étienne, était à ses côtés ce 18 septembre 2010 pour « un match anodin en CFA » : « L’action se déroule sur le côté, il y a un contact mais, sur le coup, on n’a pas l’impression que c’est grave. C’est à la mi-temps, en voyant les pompiers, qu’on a compris. » Il passe la nuit dans un hôpital alsacien, « dégoûté car il était freiné dans sa progression », se souvient l’ancien ailier auxerrois. Il ne le sait pas encore, mais cette fracture tibiapéroné va, ensuite, ruiner pendant un an son quotidien et même son début de carrière, de nouveau ralentie par une pubalgie de décembre 2011 à décembre 2012.

Au bout de deux ans d’infirmerie, il n’est plus « cette pépite du club avec des statistiques qui affolent tous les clubs de L1 » (Ntep), ni « ce joueur qui faisait des amortis de la poitrine quand d’autres mettaient la tête » (Bernard Casoni, qui le dirigea en L 2 jusqu’en 2013) et qui, tout jeune, avait bluffé Jean Fernandez (2006-2011) par sa culture foot lors de leur première rencontre à l’Abbé-Deschamps. Il devient un garçon « fra- gile », celui au sujet duquel on répète, ému : « Après tout ce qu’il a enduré »… Il a souffert le martyre à le lire dans France Football, en février 2013 : « Sur une échelle d'un à dix, la douleur atteignait onze. C’était horrible. » Le champion du monde des 20 ans en 2013 avec Paul Pogba, Florian Thauvin et Alphonse Areola envisage alors de tout arrêter et de s’engager à La Poste ou comme employé dans un bar aux Ulis (Essonne), d’où il est originaire. « Il vivait mal intérieurement ses blessures, se rappelle Bernard David. Mais c’est quelqu’un de très fort mentalement, il a toujours su qu’il allait revenir. »

Il s’accroche, force même, dans un combat contre des blessures qu’il finit par gagner, au prix de complications et de compensations que son corps va lui infliger. Alors qu’il termine chaque match à Auxerre, descendu en L 2, avec une poche de glace sur le genou, Arsenal lui fait la cour et il finit par rejoindre Londres, à l’été 2013. Peut-être pas le meilleur chemin à prendre, pas avec un corps cabossé en tout cas, et Ntep se rappelle avoir évoqué avec lui le sujet : « Je lui avais dit qu’Arsenal, avec Giroud qui était en place, ce n’était pas évident. Surtout quand il me listait les clubs de L 1 qui s’intéressaient à lui ! Moi, j’aurais bien aimé les avoir.(Rire.) Je lui conseillais plutôt de se faire un nom en L 1 avant d’arriver dans un très grand club avec un statut, mais quand Arsène Wenger te rencontre en personne, que tu as sa confiance… »

Avec les Gunners, malgré de bons débuts, il rechuta, encore (hernie discale), joua peu quand il fut rétabli et se perdit dans des prêts sans intérêt à Crystal Palace, l’Ajax Amsterdam et Charlton ces dernières années. En juin dernier, avant de s’engager avec Toulouse, libre, il avoua dans L’Équipe sa responsabilité dans ce parcours cahoteux : « Je n’ai peut-être pas fait tout le nécessaire pour m’imposer. » Le 24 février dernier, le discours avait changé dans la foulée de son second but toulousain et, de sa voix caverneuse, le corps oscillant devant les micros en zone mixte, il savourait d’avoir égalisé contre Monaco (3-3) : « Comme je suis quelqu’un qui travaille beaucoup, je suis récompensé de mes efforts. »

Enfin libéré, même si son corps, qui n’oublie rien, ne l’a pas laissé tout de suite tranquille, lui rappelant les stigmates des années passées. « Lors de la première partie de saison, il était hésitant à passer devant le défenseur et, dans les exercices de frappes répétées, il pouvait être dans la retenue, note Michaël Debève. Il était très à l’écoute de son corps, puis il a senti qu’il le laissait tranquille. Depuis janvier, il a de nouveau confiance en son corps, il est relâché, il n’est plus dans l’économie. » Préservé la semaine dernière à Metz (douleur aux ischio-jambiers), l’international Espoirs (8 sélections) fait passer un frisson dès que son nom fait un e apparition, même rapide, dans le bilan médical. Mais le technicien toulousain a préféré prévenir, en vue du choc contre Marseille, demain soir : « Je n’ai voulu prendre aucun risque alors que, depuis deux mois, il enchaîne les matches et les entraînements sans problème. J’ai pris les devants, car lui se disait apte à jouer, mais je n’avais pas envie de le perdre. » Lui s’est incliné, ce qu’il ne fit pas toujours à Auxerre, selon Casoni : « Le foot lui avait tellement manqué qu’à son retour de blessure, il frappait fort, de partout, il fallait le canaliser. »

Son corps qu’il étire sur 1,91 m, longtemps polytraumatisé, il a appris à le préserver, à l’apprivoiser cette saison avec vingt-deux matches disputés (18 en L 1), son record depuis ses débuts en professionnel, ce dont se réjouit Debève, séduit par « cet attaquant complet, capable de jouer en remise, en profondeur, d’être présent dans la surface ». De tout faire en somme, l’encense Casoni : « Je l’ai revu avec Toulouse, il n’a pas perdu son talent, il dégage quelque chose. » À condition, sans vouloir lui porter l’œil, que les blessures l’épargnent.

 

EN BREF

25 ANS 1,91 m ; 74 kg. Attaquant. Club : Toulouse.

◼︎ 2014: le 19 février, il fait ses débuts en Ligue des champions, lors du huitième de finale aller Arsenal-Bayern (0-2). Il a fait ses deux seules autres apparitions en C 1 la même année : le 26 novembre contre le Borussia Dortmund (2-0, un but) puis le 9 décembre contre Galatasaray (4-1, une passe décisive).

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LE NOMBRE DE FOIS où il a été titularisé en L 1 depuis ses débuts, le 5 mai 2010, avec Auxerre (2-1 à Lyon). Il a disputé 26 rencontres au total, dont 18 cette saison avec Toulouse (8 fois titulaire).

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