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Guillaume Dufy pour L'Equipe

 

Ligue1

C'est lors d'une réunion improvisée que Pascal Dupraz et son président, Olivier Sadran, se sont mis d'accord sur un départ du technicien toulousain, le 22 janvier.

L'entraîneur, qui a quitté le TFC le 22 janvier, vit toujours à Toulouse. Retour sur la fin d'une histoire, où tout s'est joué autour d'un café.

Nous sommes le 22 janvier. Il est 11 h 08. Le service de communication du Toulouse Football Club publie un tweet : « Rendez-vous à 11 h 15 pour la conférence de presse d’avant match de #FBBPTFC, avec le coach Dupraz et Alexis Blin. » Le milieu ouvre l’exercice qui dure une petite dizaine de minutes. L’entraîneur doit lui succéder. Alors que les journalistes l’attendent, ils voient surgir Jean-Philippe Soucasse, le président délégué du club.

Il est 12 h 23. Soucasse leur remet un communiqué, sans un mot. Pascal Dupraz ne viendra pas, ne viendra plus. Son histoire est terminée. C’est brutal.

« Pascal Dupraz et Olivier Sadran ont décidé de mettre un terme à leur collaboration ce matin. Ils ont considéré que toutes les conditions sportives et extrasportives n’étaient pas réunies pour mener à bien les prochaines échéances du club. C’est Michaël Debève qui prendra à partir de ce jour les rênes de l’équipe professionnelle. Le TFC tient sincèrement à remercier Pascal Dupraz pour son investissement et son professionnalisme depuis son arrivée. »

 

Dupraz est toujours présent et n’hésite pas à encourager ou réprimander un joueur

Alexis Blin concédera un peu plus tard qu’il savait déjà. Mis au courant par Sadran juste avant de se rendre sur le terrain d’entraînement, quelques cadres ont relayé l’information dans le vestiaire. Tout est donc allé très vite en cette matinée du 22 janvier. Pourtant, aucun changement n’avait été programmé. En fait, la décision a été prise quelques instants auparavant, dans le bureau de Pascal Dupraz.

Il est un peu plus de 7 h 30 quand le technicien (55 ans) débarque au centre d’entraînement du TFC, situé au pied du Stadium. La séance du jour doit débuter à 10 heures, à la veille d’un match de Coupe de France, à Bourg-en-Bresse (L 2). Michaël Debève et David Barriac, les principaux adjoints de Dupraz, sont déjà là quand Sadran débarque dans les locaux, vers 8 heures. Une ou deux fois par semaine, le président a l’habitude de venir boire un café et d’échanger quelques mots avec ses techniciens. Dupraz savait que son président serait là. Les deux hommes, qui ont parlé au téléphone la veille au soir, s’installent alors dans le bureau de l’entraîneur en chef. La porte se ferme et la discussion s’éternise. Debève et Barriac s’en étonnent. Au bout d’une heure, Sadran en sort enfin et les invite à entrer. Le président prend alors la parole et dévoile la situation. À la fin de leur conversation, le président du TFC et l’entraîneur sont arrivés à la conclusion que ce dernier n’avait plus les clés ni l’énergie pour relancer son équipe, alors dixneuvième de L 1 et relégable.

Issa Diop et Steeve Yago, les capitaines, les rejoignent bientôt pour apprendre la nouvelle, puis Sadran demande aux adjoints de prendre en charge la séance du jour. Un peu plus tard dans la journée, Debève apprendra qu’il est davantage qu’un intérimaire. Un mois et demi plus tard, l’ancien milieu (47 ans) présente un bilan honorable (2 victoires, 3 nuls, 2 défaites) et a replacé le TFC au-dessus de la zone rouge (17e). Dupraz, lui, malgré deux interviews accordés après son départ, au Figaro (le 30 janvier) et à la télévision régionale vià Occitanie (le 7 février), n’a toujours rien dévoilé de cet entretien qui a tout changé. Un jour, il se livrera peut-être.

Il ne regrette pas la décision. Tout est allé pourtant si vite. Si Sadran, qui voyage beaucoup pour ses affaires, n’avait pas été là pour ce café, Dupraz aurait sans doute dirigé l’équipe à Bourg-en-Bresse, peut-être gagné et récidivé quatre jours plus tard contre Troyes…

« Je ne sais pas, tempère Stéphane Canard, son agent. La défaite à Montpellier, le samedi précédent (1-2, le 20 janvier), a beaucoup affecté Pascal qui, depuis quelque temps, notait du mieux dans le jeu, mais pas dans les résultats. Pascal est un homme d’instinct. L’espérance de vie d’un technicien dans un club, c’est deux ans. Il était arrivé en mars 2016. C’est ainsi. Il commençait peutêtre à se poser des questions sur son discours, son management, sur le groupe, le club et ses ambitions. »

Cette séparation n’a, en revanche, pas altéré les relations entre Dupraz et Sadran, qui continuent de se parler. L'ancien entraîneur de l'Évian-TG, qui a décidé de rester vivre à Toulouse, est toujours présent. Il discute même encore avec Debève et Barriac et n’hésite pas à solliciter un joueur pour l’encourager ou le réprimander. Ainsi, il n’a guère apprécié l’interview de Yannick Cahuzac, publié dans nos colonnes le 24 février (*), et lui a envoyé un SMS plutôt virulent. « Quelque chose s’était cassé avec le groupe, raconte un proche du club. Pascal avait d’ailleurs été affecté quand, après son malaise (le 12 janvier), peu de joueurs l’avaient appelé. » Un malaise que Barriac avait décrit comme un « possible élément déclencheur » dans l’opération maintien. Il n’en fut rien. Au contraire.

Depuis la fin de son aventure toulousaine, tout en étudiant divers projets, Dupraz prend énormément soin de lui et récupère. Il a notamment profité de son emploi du temps pour subir une opération chirurgicale, dans la région du cœur. Une opération sans aucune gravité, mais nécessaire pour nettoyer une partie abîmée. « Lorsque je l’ai interviewé chez lui, raconte Sébastien Dupuis, le rédacteur en chef de vià Occitanie, je l’ai trouvé plutôt fatigué. Mais, là, je l’ai eu très récemment. Et il va mieux. Il a l’air requinqué. » Ce jour-là, l’entraîneur avait déclaré ceci : « À mon âge, il y a des échéances importantes pour moi, des échéances dans les mois à venir que je vais essayer de mener à bien… Comme elles sont tout à fait personnelles, je vais à peine en parler, mais elles sont plus importantes qu’un match de foot. »

« Il va beaucoup mieux, rassure son ami Marc Veyrat, célèbre cuisinier au grand chapeau noir. Il était très fatigué. Il a beaucoup donné de sa personne à Toulouse. C’est très violent le foot, un peu comme la cuisine. Pascal a sauvé le club (en 2016), et le voilà dehors. Il faut qu’il se refasse une santé. Et il va repartir. » Auréolé d’une nouvelle troisième étoile au guide Michelin pour son établissement la Maison des bois, Veyrat espère accueillir très prochainement son ami. « Oui, il me l’a promis. » ‘

(*) Il y déclarait notamment : « On était entrés dans une certaine routine, on n’arrivait pas à se sortir de notre mauvaise situation et il faut reconnaître que le changement de coach a provoqué un électrochoc. »

 

EN BREF

PASCAL DUPRAZ
Âge : 55 ans.
Anciennes équipes entraînées : Évian-TG, Toulouse.

◼︎ 14 mai 2016 : à la faveur d’une victoire à Angers (3-2), le TFC se maintient en Ligue 1. Dupraz avait pris les rênes du club le 1er mars. Toulouse, alors 19e, comptait dix points de retard sur le premier non-relégable.

◼︎ Palmarès : finaliste de la Coupe de France 2013 avec l’Évian-TG (défaite 2-3 face à Bordeaux).

180 Le nombre de matches dirigés en Ligue 1 par Pascal Dupraz.

Le technicien a œuvré sur le banc de l'Évian-TG à 110 reprises, et sur celui de Toulouse 70 fois. Son bilan : 52 succès, 46 nuls, 82 défaites.

 

Il a reçu plusieurs propositions

La cote de popularité de Pascal Dupraz n’a pas faibli. « Tout le monde se souvient de ce qu’il a fait avec Toulouse », assure Stéphane Canard. Quand il a succédé à Dominique Arribagé, le 1er mars 2016, l’équipe comptait un retard de dix points sur le premier non relégable. Et Toulouse s’est maintenu. « Si on est encore en L 1 aujourd’hui, c’est grâce à lui, ne cesse de répéter Michaël Debève, l’entraîneur actuel et son ancien adjoint. Il a sauvé le club. »

« Son profil continue de plaire, poursuit son conseiller. Depuis que c’est fini avec Toulouse, il a reçu pas mal de propositions d’équipes en mal de points, en Suisse, en Belgique, mais aussi en Espagne. » Il les a refusées. Dupraz ne souhaite pas être perçu uniquement comme un spécialiste des causes désespérées. ll aimerait repartir sur un projet dès le début d'une saison. S’il en trouve un, il se peut qu’il emmène David Barriac, son adjoint resté à Toulouse, avec son consentement, afin de seconder Debève. Ce dernier a aussi souhaité avoir son avis avant d’accepter la proposition d’Olivier Sadran.

En attendant, avec une certaine impatience, de revêtir le survêtement d’un club, Dupraz étudie d’autres offres, du côté des médias. Ancien de Canal +, il a marqué les esprits dans son rôle de consultant. La chaîne L’Équipe et TF 1 aimeraient le récupérer pour qu’il apporte son œil et son verbe sur les rencontres de Coupe du monde. Pour ce secteur d’activité, le Haut-savoyard est épaulé par Sébastien Riera, conseiller en marketing et relations publiques.« Pascal est atypique. Il ne laisse personne indifférent et son franc-parler est unique.» Une décision devrait être prise dans les prochains jours. Par ailleurs, plusieurs sites de paris en ligne auraient été approchés par son entourage, qui aimerait voir l’ancien Toulousain y tenir un rôle de chroniqueur pendant la Coupe du monde.

 

« Rien n’était prémédité »

Olivier Sadran, le président du TFC, revient pour la première fois sur la sortie de Pascal Dupraz.

Peu d’interviews, pas de compte sur les réseaux sociaux : Olivier Sadran a la parole rare. Il y a quelques jours, il a dérogé à son habitude pour évoquer les conditions du départ de Pascal Dupraz.

« Quand vous arrivez ce 22 janvier au centre d’entraînement, avezvous prémédité ce qui allait se passer ?

Non, rien n’était prémédité. Je me rends bien compte que c’est compliqué, que c’est difficile. Que ça vient après un problème de santé. Et connaissant Pascal, je sais que c’est important d’échanger. Donc j’arrive dans cet état d’esprit.

Quelle est la teneur de la conversation ?

C’est une conversation entre gens intellectuellement honnêtes, très franche. On se rend compte alors que c’est difficile. Il est marqué par le fait qu’il n’y ait pas eu un soutien absolu lorsqu’il a eu son deuxième problème de santé. Il n’avait reçu que six textos. Les questions se sont enchaînées : “Est-ce que tu penses qu’on peut y arriver, que c’est jouable ? Comment te sens-tu ?” On échange autour de ça, de façon libre. Qui prend alors la décision finale ? Ça, ça nous est propre. On garde ça entre nous. Mais, au bout d’un moment, on arrive à une conclusion identique. Et c’est à ce moment-là qu’on prend une décision et qu’on appelle les adjoints.

Vous les appelez pour les informer du départ de Pascal ?

On échange avec eux. Le poids de l’émotion et du moment est lourd. Et Pascal est vraiment super. Il leur explique franchement, sans apparat. Et, ensuite, on demande aux deux capitaines, Yago et Diop, de nous rejoindre. Pour leur exposer la nouvelle donne, mais aussi pour leur dire que la responsabilité de nos difficultés leur incombe, que leur attitude vis-à-vis de Pascal est… Je parle uniquement du fait de ne pas envoyer de textos à Pascal. Mais ça, ça marque les gens dans des moments difficiles. Je leur dis qu’il faut aussi qu’ils aient un comportement un peu plus adulte.

Pascal leur dit qu’ils vont s’en sortir. Il est hyper positif et à la fois il les met devant leurs responsabilités.

N’aurait-il pas été plus simple de tancer les joueurs ?

S’il suffisait de leur passer des savons quand ça ne va pas, je pense que ça se saurait. On l'a fait quelques jours plus tard, lors d’un petit déjeuner. Là, on les a tous mis devant leurs responsabilités. Mais c’était aussi important de voir les capitaines avant, de leur demander d’aller annoncer la nouvelle au groupe avec leurs mots.

C’est lors de ce petit déjeuner que vous avez dit à vos joueurs qu’en cas de descente tout le monde resterait ?

Ça, ça n’a rien à voir avec Pascal Dupraz ...

Mais c’est une conséquence de son départ.

J’ai employé un certain nombre de phrases pour les mettre en responsabilité. Mais quand on est en phase d’échec, les joueurs ne peuvent pas toujours s’exonérer.

Vous aviez expliqué être très meurtri lorsque vous aviez mis un terme à l’histoire d’Alain Casanova (mars 2015)…

Quand je m’engage avec quelqu’un, je m’engage de façon pleine et entière. Les gens ne se rendent pas assez compte de la puissance des difficultés que ça représente quand un entraîneur vit des moments compliqués. Des hommes souffrent. J’ai vu Dominique Arribagé perdre du poids, Érick Mombaerts souffrir psychologiquement... J’ai vu tous ces gens-là subir de plein fouet ce qu’ils considèrent comme un échec, alors qu’à chaque fois ils ont aimé ce club.

Quelle image garderez-vous de Pascal Dupraz ?

C’est quelqu’un d’agréable, avec beaucoup d’idées, de convictions. J’apprécie son attachement à ses origines, aux valeurs. Il a sauvé le club dans une situation qui était délicate. Même moi, je n’y croyais plus. Il a fait le boulot, il n’y a aucune ambiguïté.

Un mot sur sa communication…

Il a réveillé le club. C’est toujours difficile quand on s’expose beaucoup dans un monde où la vitesse des réseaux fait que tout le monde peut s’exprimer et critiquer, et insulter… »

 

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