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HUGO DELOM pour L'Équipe

 

Interview

L’attaquant du Séville FC a dû attendre ses 27 ans pour connaître sa première convocation en bleu. Il revient sur ce parcours sinueux et affiche ses ambitions, à trois mois du Mondial.

En ce dimanche soir, le hall d'un hôtel parisien est traversé par des dizaines d’invités d’un mariage. Pour Wissam Ben Yedder, le jour de fête n’arrivera que quelques heures plus tard. Hier, après plus de cinq ans d’attente, le Sévillan (27 ans), auteur mardi dernier d’un spectaculaire doublé à Old Trafford (2-1, en 8es de finale retour de C 1), a pour la première fois intégré les Bleus. Le parcours du gamin de Gargeslès-Gonesse est connu. Les doutes qui ont escorté son parcours aussi. « WBY » n’y accorde plus d’importance. Ambitieux, il est décidé à étirer son « rêve » encore plus haut. Pour L’Équipe, et à la seule condition que l’entretien soit effectué en amont du rassemblement – « pour se concentrer sur le terrain durant le stage », il se raconte.

« Dans une interview que vous nous aviez donnée fin 2012, vous aviez prononcé cette phrase à propos de Didier Deschamps : “Je veux lui donner à réfléchir”. Il a fallu cinq ans pour le convaincre…

Je ne regarde pas la durée mais je regarde ce que je me suis prouvé à moi-même durant cette période. Ça a pris le temps qu’il fallait. Ç’aurait pu être deux ans, cinq ans, dix ans même, le tout, c’est que j’ai travaillé dur pour y arriver et qu’au final, j’y suis.

Au moment où vous entendez votre nom jeudi, à quoi pensez-vous ?

Ç'a été quelque chose de fort. Bien sûr, ç’a été fort pour moi, mais c’est quand j’ai vu l’émotion de mes parents, de mes amis ensuite, que j’ai compris totalement. Cela m’a donné des frissons. C’est cette forcelà, la leur, que je sens depuis des années, que j’ai ressentie encore à cet instant.

Avez-vous repensé, ces derniers jours, à votre parcours pour en arriver là ?

Biensûr(sourire). En fait, j’ai eu comme un flash-back, je l’ai vraiment eu en plus (rires). Quand j’ai raccroché avec ma famille, je me suis regardé, et je l’ai eu. Tout ce que j’ai eu à affronter, endurer, porter sur mes épaules. Je ne me rappelais pas un jour en particulier mais, depuis que j'étais petit, je disais que j’allais y arriver. J’y suis, et ça, ce n’est pas quelque chose qu’on pourra changer ou m’enlever (silence). C’est très, très fort, de “valider” sonrêve. La FFF a publié, sur son site Internet, une vidéo de votre première sélection futsal en 2010. Vous avez conscience que ce parcours-là, il est unique ?Sincèrement, je n’y ai pas pensé sur le coup jeudi, mais j’y pensais bien avant, quand je n’étais pas sélectionné. Je me disais, bien sûr, qu’être le premier à faire ça, ça peut être énorme. Ça paraît fou mais j’y pensais déjà à l’époque du futsal.

Il y a une notion qui revient souvent chez vous : le mérite. Alors, est-ce que vous la méritez cette sélection en A ?

Oui, je pense. Pour tout le travail de l’ombre que j’ai effectué.

Quand, ces dernières semaines, vous voyiez les blessures dans le domaine offensif des Bleus et que, parallèlement, vous ne jouiez que par intermittence, vous ne vous êtes pas dit : “Je vais encore rater le bon wagon” ?

Non, non. Je continuais à bosser comme je l’ai toujours fait. Je ne souhaite pas de blessures à qui que ce soit. Je travaillais pour ne rien regretter.

Mais à aucun moment, ces dernières années, malgré vos 20 buts en moyenne par saison, vous ne vous êtes dit : “C’est mort, je n’y serai jamais” ?

Jamais. Jamais. Même quand les gens pensent que c’est terminé, j’aime relever les défis.

Et donc à aucun moment vous n’avez été tenté de répondre favorablement à la Tunisie ?

Ma décision était claire.

Comment expliquez-vous que cela ait pris autant de temps d’être sélectionné ?

Sincèrement, je ne regarde pas ce qui s’est passé. Aujourd’hui, j’y suis. J’avais l’habitude de dire depuis des années : “Qui peut m’enlever cet espoir d’être appelé ?” Qui peut m’enlever l’espoir d’y rester maintenant ? Personne.

Didier Deschamps, jeudi, expliquait que le doublé à Old Trafford (2-1) n’avait pas provoqué sa décision. Est-ce que, selon vous, ces quatre minutes ont énormément joué dans votre sélection ?

Pas du tout. Je pense que c’est tout le travail accompli depuis des années. Le futsal, Alfortville, Toulouse, Séville : c’est ça qui a fait que je suis appelé. Old Trafford, ça a mis en lumière ce travail de l’ombre.

Mais comment avez-vous vécu ce match ?

Sans pression, tranquillement. J’ai essayé, depuis le banc, d’analyser cette équipe de Manchester (il est entré à la 72 e minute). Est-ce que vous vous saviez capable, dans ce contexte, de faire ça ? Je ne me suis pas surpris. Je me sentais vraiment dans mon élément. Le geste sur le premier but, je l’ai fait des centaines de fois. Je revois l’action. Sarabia me donne un bon ballon, quand je contrôle (il s’anime sur sa chaise) j’allais revenir sur mon pied gauche. Au final, j’arrive à voir le geste de Bailly, je sais que j’ai un espace en fait, je mets une feinte, il tombe, et j’enchaîne, et la balle part là où il faut. Quand vous voyez le classement des buteurs de C 1, au milieu des Ronaldo et Kane, est-ce que vous vous sentez à votre place ? C’est mon rêve d’être parmi les meilleurs, j’ai envie d’y être parce qu’avant tout, j’aime le football. Me retrouver au milieu d’eux, c’est énorme mais c’est mon ambition. Je ne veux pas me fixer de limites. Vous avez été sans cesse confronté à cette image de joueur talentueux mais potentiellement confronté à des limites au haut niveau. Comment expliquezvous ces doutes qui vous entourent ? Je ne peux pas l’expliquer. Chacun est libre de penser ce qu’il veut. Mais les gens, ils doutaient à Toulouse, ils doutaient à Séville. J’ai démontré que j’étais présent dans les grands rendez-vous. Moi je n’ai aucun doute, j’ai envie de me prouver à moi-même que je peux être présent à tous les niveaux.

Cette campagne de C 1 – 8 buts – a définitivement fait changer cette image ?

Oui, forcément. Mais moi, je n’ai pas le temps de m’arrêter sur ça, sur mon image ou le reste. On me parle souvent de mon caractère discret, aussi. Mais moi, j’aime mon caractère, ma personnalité, c’est celle-là qui m’a amené où je suis.

Avant votre sélection, beaucoup de joueurs se sont positionnés pour que vous soyez appelé. Papin, Dugarry, Petit… Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Toute la reconnaissance du travail accompli. Ça me touche forcément beaucoup. La rencontre avec Zidane (en décembre) aussi, un immense joueur. J’étais dans une période de doute, je jouais moins, forcément, ça vous touche. Qu’est-ce que vous pensez de cette équipe de France ?

Qu’on a beaucoup de joueurs que les autres sélections nous envient. Et qu’on a tout pour bien faire.

Mais que pensez-vous pouvoir y apporter ? Emmanuel Petit évoquait le week-end dernier sur SFR Sport son impatience de vous voir avec Griezmann et Mbappé.

Je pense qu’on peut bien s’entendre, oui. Ce sont des joueurs qui sentent le foot, qui jouent en une, deux touches de balle. Après, je ne vais pas changer, je suis surtout attendu dans la finition.

Vous avez aussi la capacité, comme avec le TFC, d’évoluer en soutien de l’attaquant.

Je me sens à l’aise dans les deux postes. Je ressens ce besoin de toucher le ballon, de sentir le jeu, de lire le jeu. Et de finir.

“Montella m’a dit : « Tu dois avoir plus de rage, plus de hargne. Moi, je connais bien Luis Muriel, que j’ai eu à la Sampdoria. Tu dois me montrer plus »

Est-ce que, quand on n’a que dix matches de C 1 et qu’on débarque à Clairefontaine, on craint d’être en dessous en termes de niveau ?

Non, pas du tout. Si je suis là, c’est que je le mérite. Je le perçois comme un nouveau défi. J’ai toujours fonctionné comme ça. Je joue dans un Championnat extrêmement compétitif. Depuis deux ans, j’ai beaucoup évolué. J’ai toutes les armes, notamment physiquement, pour ces grands matches.

Comment vous situez-vous par rapport à la concurrence ?

Ça fait partie de mon travail, je la vis tranquillement. Cela existe en club, en sélection, elle est partout. Le tout, c’est de relever chaque défi.

Mais par exemple, est-ce que vous vous sentez en dessous d’un Lacazette ?

Je ne me compare pas. Que ce soit Lacazette ou un autre joueur, je ne me compare jamais. J’essaie de montrer à moimême déjà que je suis au niveau. Après, je ne suis jamais dans la comparaison, chacun a son parcours, ses qualités.

Combien de chances vous donnez-vous d’aller au Mondial ?

Je ne réfléchis pas comme ça. Le Mondial, c’est un rêve, un objectif. Je vais travailler dur pour montrer que je suis là, et pour me prouver que je peux être dans ce groupe.

Comment avez-vous vécu ces dernières semaines, sans jouer ?

Bien sûr, c’est décevant. Mais j’accepte le fait d’être sur le banc, le fait que je doive encore travailler pour gagner ma place. Je ne vous cache pas que ce n’est pas facile à surmonter, à encaisser, mais voilà, qu’est-ce qui est facile dans la vie ? J’analyse ce qui se passe et j’essaie de regagner ma place.

Vous en avez parlé avec votre entraîneur à Séville, Vincenzo Montella ?

Oui, au bout d’un mois. Il m’a dit : “Tu dois avoir plus de rage, plus de hargne. Moi, je connais bien Luis Muriel, que j’ai eu à la Sampdoria. Tu dois me montrer plus”.

Avec Jorge Sampaoli, l’an dernier, on prenait du plaisir à regarder le Séville FC, ce n’est plus vraiment le cas cette saison. Comment l’expliquez-vous ?

On avait bien démarré. Il y a eu quelques mauvais résultats. Le nouveau coach est arrivé(à la trêve, en replacement d’Eduardo Berizzo). Il y avait un décalage entre ce qu’on faisait en C 1 et en Championnat. Il y a eu beaucoup de mouvements dans le onze. Ç’a été un changement pour moi, trop rapide. Et on a prouvé qu’on pouvait se sublimer en C 1. Les Français se sont illustrés durant cette campagne… (Steven) Nzonzi, ce qu’il fait, c’est magnifique. (Clément) Lenglet, c’est très fort, il est jeune (22ans), il a enchaîné beaucoup de matches. C’est quelqu’un de posé, de réfléchi. De l’extérieur, on a le sentiment qu’il n’est pas armé physiquement mais face à Lukaku, on a vu qu’il a été présent. Lui, comme Nzonzi, il m’épate. J’espère qu’on se retrouvera en équipe de France un jour (sourires).Quand on voit votre équipe, sixième de Liga, perdre contre Leganés (1-2) dimanche, on se dit que vous n’avez aucune chance contre le Bayern Munich (en quarts de C1 , les 3 et 11 avril)… On n’était pas favoris contre MU. On a réussi. Donc bien sûr que ça va être un gros, gros match, on n’est pas favoris encore, on va jouer avec le cœur, avec nos tripes. » ‘

 

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